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Entretien avec Dominique Besnehard, Producteur de cinéma et acteur français, directeur de casting, agents artistiques au sein de l’agence Artmedia, délégué général du festival du film francophone d’Angoulême … par Milvia Pandiani-Lacombe

Directeur de casting, Agent artistique chez Artmedia où il a représenté les plus grands talents français et étrangers *, Producteur de films et de séries, dont la célèbre série 10% (les 3 premières saisons ont été diffusées avec succès sur France 2, la 4éme est en cours de préparation), Dominique Besnehard est aussi le créateur et le Délégué général, avec Marie-France Brière, du festival du Film Francophone d’Angoulême (FFA) dont la 12e édition s’est tenue du 20 au 25 août 2019.
Ce Festival qui prend de l’ampleur chaque année (42 000 spectateurs en 2018, 47 000 en 2019) est devenu le lieu incontournable pour le lancement et la visibilité des films francophones.
Je remercie chaleureusement Dominique Besnehard qui s’est rendu disponible, malgré un emploi du temps chargé, afin de m’accorder sur place cet entretien, pour l’Alliance française de Trieste.

Comment avez-vous eu l’idée de créer ce Festival à Angoulême avec Marie-France Brière, et pourquoi le dédier à la francophonie?
C’était en 2008, j’étais encore agent artistique chez Artmedia, quand Bertrand de Labbey mon patron qui était marié avec Marie-France Brière, la productrice de Télévision à l’origine de grandes émissions de jeux et variétés, me demande si je voulais créer un festival de cinéma avec elle. J’ai toujours rêvé de transmettre mon amour du cinéma. Alors je rencontre Marie-France Brière qui me dit «pour faire un festival il faut une ville, une très jolie ville historique» d’où le choix d’Angoulême, la ville de François 1er. Pour la thématique on passe en revue les festivals existants et Marie-France Brière me dit «au Québec il y a un festival du film francophone», ce qui n’existait pas en France, d’où ce choix de la francophonie. Ceci posé restait à déterminer la période pour l’organiser, et Marie-France dit «ce sera cet été», nous étions alors en février 2008! C’est vrai que la fin du mois d’août est une bonne période car les gens en rentrant de vacances ont envie de culture. Mais les délais étaient très courts et il fallait trouver le financement pour la première édition. Je m’adresse alors à Ségolène Royal, Présidente du Conseil régional de Poitou Charentes qui accepte de financer les deux premières éditions du Festival. Notre objectif était de faire un festival régional. Dès la troisième édition le succès était au rendez-vous grâce à la projection du film Intouchables de Olivier Nakache et Eric Toledano, avec François Cluzet et Omar Sy.

Quelle est la particularité de ce Festival dont le succès croît d’année en année si on en juge par la longueur des files d’attentes aux projections et le nombre de talents et de professionnels présents?
J’aime beaucoup la France profonde, je ne suis pas du tout snob, et les gens d’Angoulême le ressentent. Les Angoumoisins sont cultivés, comme le montre le succès du Festival de la Bande Dessinée. Avec le FFA, il s’agit de permettre aux gens d’aller au cinéma pour peu d’argent car un pass festivalier coûte 25€ pour voir 10 films qui sont des inédits (quelques fois les films ont été projetés au festival de Cannes dans les sections parallèles), assister à des avant-premières en présence des équipes de films, à des Classes de Maître…Ce qui fonctionne dans ce festival c’est qu’il y a en même temps une proximité et un respect du spectateur, on leur donne le mieux dans chaque catégorie. C’est un festival populaire et élégant.

Le Festival comporte plusieurs sections qui vont de la compétition, aux avant-premières, aux premiers films…Comment sélectionnez-vous les films présentés avec Marie-France Brière?
Le critère c’est la qualité et la diversité des films présentés dans les différentes sections. Il y a la compétition avec 10 films, les avant-premières avec 15 films. Il y a le Focus qui est un hommage à un cinéaste, cette année c’est Nabil Ayouch; les Bijoux de famille, hommage à un distributeur, cette année à Haut et Court; un hommage à un réalisateur du patrimoine, l’année dernière à Jacques Deray, cette année à Michel Deville. Autre section créée sur une idée de Marie-France les ciné&concerts, en 2019 avec les films de Claude Lelouch La vertu des impondérablesNotre Dame de Valérie Donzelli et Je ne sais pas si c’est tout le monde de Vincent Delerm; il y a aussi les films sur la grande place, et la rétrospective des films importants d’un pays francophone invité. L’année dernière le pays à l’honneur était Haïti, cette année le Luxembourg a été choisi et il a fait l’événement à Angoulême avec la venue au Festival du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse!

Pourquoi avez-vous choisi l’actrice anglaise Jacqueline Bisset comme présidente du jury pour cette 12éme édition?
J’ai toujours envie que la présidence du jury soit confiée à une star, et de préférence à une femme car je considère qu’elles sont plus jolies à regarder et surtout elles sont plus intelligentes et courageuses. Seulement pendant deux années la présidence a été confiée à des hommes : Bruno Podalydès, et John Malkovich parce que le jury était composé majoritairement de femmes!
Pour 2019 j’ai voulu Jacqueline Bisset car elle a une filmographie exceptionnelle, c’est une légende du cinéma mondial qui a tourné avec de grands réalisateurs français (François Truffaut, Philippe de Broca, Nadine Trintignant, Claude Chabrol, François Ozon…), c’est une actrice anglo-saxonne qui parle très bien français, j’y tiens, et je la connais depuis longtemps. Elle a accepté tout de suite car cette présidence lui permettait aussi de rencontrer les nouveaux cinéastes et les nouveaux acteurs du moment.

Quelles sont les innovations mises en place pour répondre aux attentes du public et de la profession du cinéma?
Avec Marie-France nous avons eu la volonté, le courage en 2018, de faire ouvrir une nouvelle salle de projection éphémère de 300 places à l’Eperon, salle qui deviendra pérenne en 2020 grâce à l’aide des différentes autorités locales, départementales, régionales et du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). C’était indispensable pour répondre aux attentes du public car les salles où sont projetés les films en compétition et les hommages sont trop petites. Bien que les films soient programmés plusieurs fois, les spectateurs ont tendance à voir les films dès leur première programmation, d’où les files d’attentes…Ce qui serait bien aussi c’est de pouvoir disposer du théâtre d’Angoulême toute la semaine du festival et pas seulement pour les cérémonies d’ouverture et de clôture.

Avez-vous déjà en tête la prochaine édition qui se tiendra en août 2020?
Avec Marie-France Brière on réfléchit sur le choix du pays qui sera mis à l’honneur et ce sera certainement l’Algérie. Il y a aussi la Suisse qui a de grands cinéastes. On a pensé au Mali mais c’est trop dangereux pour le moment. Mettre le Bénin à l’honneur serait formidable mais il y a une question de moyens pour la prise en charge des frais de transports pour venir à Angoulême… En tout état de cause notre souhait est de mettre véritablement en lumière le pays invité quel qu’il soit.

*Pour en savoir plus sur Dominique Besnehard lire le livre d’entretien « Casino d’hiver » avec Jean-Pierre Lavoignat aux éditions Plon et en livre de poche J’ai lu.
Palmarès du festival sur le site :
https://filmfrancophone.fr

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