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Entretien en hommage à Sylvie Joly, actrice, metteuse en scène, humoriste, pionnière du One-Woman-Show. Cet entretien a été réalisé avec sa fille Mathilde Vitry, actrice, organisatrice d’événements pour AIME (les Amis des Idées qui Marchent Ensemble), et comprend le témoignage d’Alex Lutz, auteur, acteur, metteur en scène, réalisateur, humoriste. Réalisé par Milvia Pandiani-Lacombe.

Sylvie Joly nous a quittés le 4 septembre 2015, il y a sept ans, et cette artiste exceptionnelle demeure une référence incontournable pour les humoristes actuels qui sont nombreux à se réclamer de sa filiation. Sylvie Joly a notamment révélé Pierre Palmade, et elle a collaboré étroitement avec Alex Lutz. Elle a innové par son style, avec ses sketches seule en scène, avec la galerie de ses personnages plus fous les uns que les autres. En juin 2006, le Ministre français de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres en lui remettant les insignes de chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres la qualifie de « Véritable Diva de l’humour français ». Avec cet entretien, j’ai souhaité vous faire partager mon admiration et mon affection pour cette artiste unique, cette femme élégante tellement drôle et émouvante que j’ai eu le bonheur de connaître. Il a été réalisé grâce à la fille de Sylvie Joly, mon amie Mathilde Vitry, actrice, organisatrice d’événements pour AIME (les Amis des Idées qui Marchent Ensemble), et qui pendant plus de vingt-cinq années a participé à la carrière de Sylvie Joly comme chargée des relations presse et des relations Publiques. En conclusion de cet entretien, le talentueux Alex Lutz, auteur, acteur, metteur en scène, réalisateur et humoriste, nous a fait l’amitié de nous livrer son témoignage sur sa relation artistique avec Sylvie Joly.

Sylvie Joly, Milvia Pandiani, Mathilde Vitry au Ministère français de la Culture
Remise des insignes de chevalier des Arts et Lettres à Sylvie Joly le 7 juin 2006.

Comment Sylvie Joly avocate de profession, devient-elle artiste ?

Ma mère, Sylvie Joly (c’est son vrai nom) faisait rire toute la famille depuis qu’elle avait cinq ans, elle ne pensait qu’à ça. Mais dans une famille où tout le monde était fortement diplômé, il n’était pas question de s’engager dans une carrière artistique. Il fallait faire des études et épouser de
préférence un polytechnicien.
Malgré un parcours scolaire un peu chaotique dans différentes institutions religieuses car, je la cite : « j’excellais dans l’art de foutre le bazar », elle obtient son diplôme d’avocat, profession qu’elle exercera pendant cinq ans et où elle se fera remarquer dans ses plaidoiries par son sens de
l’improvisation. Mais le théâtre était sa vraie passion.
Un jour mon père, Pierre Vitry, intrigué de la voir pleurer lors d’une représentation théâtrale alors que la pièce n’était pas dramatique lui a demandé pourquoi elle réagissait ainsi, elle lui a répondu « ma vie n’a aucun sens si je ne joue pas ». C’est alors, qu’après cinq années, elle abandonne la profession d’avocat, s’inscrit aux cours Simon, puis à celui de Tania Balachova, prend des cours de Music-hall à l’Olympia avec Jacques Pills, et des cours de chant au Petit Conservatoire de Mireille.
C’est en voyant le spectacle L’alboum de Zouc qu’elle décide de se produire seule sur scène. Mon père l’a toujours soutenue dans ses choix, et il a encouragé ma mère à s’exprimer artistiquement.

Sylvie Joly une artiste complète.

Ma mère était une artiste complète. Au cinéma elle a tourné dans une vingtaine de films avec de grands réalisateurs comme Jean-Pierre Mocky, Bertrand Blier, Gérard Krawczyk, Jean-Marie Poiré, Claude Lelouch… Elle a joué dans des fictions et des séries télévisées diffusées sur les principales chaînes de télévision. Et comme interprète de ses chansons elle a reçu le Grand Prix International du disque de l’Académie Charles Cros. Mais sa passion restera le théâtre.

Sylvie Joly seule en scène : One-Woman-Show

En 1971 ma mère confie à sa sœur Fanny son envie de faire un spectacle où elle serait seule en scène. Celle-ci lui propose de se mettre à l’écriture. Ma mère avait les idées des personnages, elle les improvisait avec Fanny, qui les mettait en forme. Ensemble, en un mois pendant l’été, elles ont créé une galerie de trente-sept personnages et sketches dont les fameux Permis de conduire avec Mme Touchard, La lettre à Johnny, L’interview
Il fallait alors trouver une salle où se produire. C’est ainsi que Sylvie Joly a débuté au Petit casino et c’est grâce à l’excellente critique de deux journalistes du Point et du Nouvel Observateur venues assister au Show Bourgeois que tout a commencé.
Quelques temps plus tard, son frère, le très talentueux Thierry Joly (il a révélé Dany Boon), vient les rejoindre dans l’écriture des sketches et cela donnera naissance à La si Jolie vie de Sylvie Joly, mis en scène par François Bourcier, nommé meilleur spectacle comique aux Molières en 1995, et leur collaboration continuera sur d’autres spectacles qui feront le succès de Sylvie Joly, comme Triple mixte, Je suis votre idole, ou encore La Cerise sur le gâteau, spectacle auquel collaboreront également d’autres auteurs.
De tous ces sketches et personnages qui sont nés de leur imagination et de leur sens de l’observation de la nature humaine, certains comme Catherine, la super snob, L’après- dîner avec la mousse au chocolat aigre, La coiffeuse, L’interview, sont devenus des classiques.
Ma mère s’est produite dans les principales salles parisiennes : à Bobino, où elle fera la première partie de Georges Brassens, ils deviendront amis, à la Cigale, au théâtre du Palais Royal, au théâtre Fontaine, au théâtre du Lucernaire, au théâtre de la Gaîté-Montparnasse, au théâtre des Mathurins où elle jouera son dernier spectacle La Cerise sur le gâteau. Et elle fera également des tournées en Province.

Dites-nous ce qu’est le Saint-Frusquin ? 

J’avais deux ans quand nous sommes partis tous les trois en Angleterre car mon père, ingénieur de profession, avait obtenu un contrat pour travailler sur un projet européen de futur réacteur nucléaire. C’est là-bas que Sylvie Joly découvre les Dress circles qui étaient des dépôts ventes de vêtements.
De retour à Paris, elle s’en inspire et créé le Saint-Frusquin dans le 15 ème arrondissement. Elle distribue alors des tracts dans les boîtes aux lettres avec le message suivant : Mesdames videz vos placards et venez déposer vos vêtements à la boutique que nous ouvrons.
Le Saint-Frusquin, dépôt-ventes de luxe est devenu un lieu très fréquenté par des femmes de tous horizons, de nombreuses amies, des artistes comme Brigitte Bardot, Sophie Daumier y sont passées, et il a été pour ma mère une source d’inspiration pour ses sketches. Ma grand-Mère, qu’on appelait Mamine, tenait le livre de comptes. Quant à moi, de 1965 à 1970 je m’y suis rendue avec bonheur chaque jour à ma sortie de l’école pour faire ou plutôt ne pas faire mes devoirs ! Le Saint-Frusquin est une aventure qui a duré plus de vingt ans.

Sylvie Joly et les créateurs.

Ma mère a toujours été passionnée par la mode et de grands couturiers lui ont créés ses costumes de scène. D’abord Loris Azzaro, ensuite ce fut l’époque Thierry Mugler qui lui a fait des costumes extraordinaires, puis elle rencontre Jean-Paul Gaultier qu’elle admirait et avec lequel elle devenue très complice.
Sa couleur fétiche était le rose fuchsia et sur scène ses robes principalement noires étaient agrémentées par des boas ou autres accessoires de cette couleur. Pendant vingt ans Jean-Louis San Miguel a été le fidèle habilleur, styliste de ma mère, très doué pour les looks.

Sylvie Joly et son boa Fuchsia.

Son dernier spectacle : La Cerise sur le gâteau.

Pour ce nouveau spectacle La Cerise sur le gâteau, qui sera malheureusement son dernier, ma mère avait souhaité faire appel à différents auteurs et intégrer parmi les sketches, certaines des chansons qu’elle avait composées. C’est ainsi que collaboreront à l’écriture une douzaine d’auteurs dont Fanny et Thierry Joly, mais aussi Jean-Loup Dabadie, Pierre Palmade, Henri Salvador, Mathilde Vial, Henri Mitton et Alex Lutz qui en fera également la mise en scène.
Dans ce spectacle joué au théâtre des Mathurins, elle avait décidé de ne pas avoir de musiques enregistrées, et c’est le musicien Thierry Boulanger qui l’accompagnera au piano. Et pour l’affiche de La Cerise sur le gâteau ma mère a demandé aux talentueux Pierre et Gilles, dont elle adorait le travail, de lui créer une illustration originale. Elle était absolument ravie de cette création très réussie. Le spectacle fut un grand succès.

Affiche du spectacle La Cerise sur le gâteau réalisée par Pierre et Gilles.

La famille de Sylvie Joly

Il y a bien sur la famille artistique composée des personnalités et amis de Sylvie Joly dont Jean-Paul Gaultier, Pierre Palmade, Dany Boon, Alex Lutz, Stéphane Foenkinos avec lequel elle a écrit l’ouvrage Sylvie Joly, C’est votre vrai nom ?
Et il y a sa vraie famille, associée à cet hommage, avec Pierre Vitry le mari de Sylvie Joly, son soutien indéfectible et principal admirateur ; Mathilde Vitry, sa fille comédienne, qui a fait un magnifique parcours dans la publicité, qui joue dans des fictions et séries télévisées, et dont le fils
s’appelle Timothée ; Grégoire Vitry, son fils, coach, thérapeute et créatif, co-auteur et interprète de l’album À vos marques, marié à Claude, ils ont un fils Antonin. Sylvie Joly adorait sa famille.

Grégoire Vitry et sa femme Claude,
Pierre Vitry, Mathilde Vitry, Pierre Palmade.

En conclusion de cet entretien, Alex Lutz, talentueux auteur, acteur, metteur en scène, réalisateur, humoriste, nous fait l’amitié de son témoignage sur sa relation artistique avec Sylvie Joly.

Affiche du spectacle Triple Lutz 
mis en scène par Sylvie Joly.

Témoignage:

Avant de la rencontrer, je connaissais Sylvie Joly en tant qu’artiste, et je la trouvais formidable. Moi je vivais à Strasbourg où à l’âge de dix-sept ans j’avais créé ma compagnie de théâtre, et j’avais acquis une expérience d’auteur, d’acteur, et de metteur en scène.
Ma rencontre avec Sylvie Joly je la dois à Bernard Verley que j’avais connu à Strasbourg sur le tournage d’un film où j’étais répétiteur d’acteurs, et il m’avait ensuite débauché pour faire le coach d’acteurs dans Malone, une série policière pour TF1 dans laquelle il jouait, ainsi que Sylvie Joly. Avec Sylvie nous nous sommes tout de suite entendus comme « larrons en foire ». Entre elle et moi ce fut un véritable coup de foudre par le rire. Nous avions du mal à garder notre sérieux quand je lui faisais travailler son texte.
Quoi qu’elle fasse, qu’elle dise, Sylvie était drôle, elle avait une ironie discrète dans la vie. Très vite elle m’a demandé de collaborer avec elle sur l’écriture de sketches pour son spectacle La Cerise sur le gâteau, et la mise en scène s’est imposée. La Cerise sur le gâteau a été joué une saison entière au théâtre des Mathurins. C’était un rêve pour moi de mettre en scène, à vingt-quatre ans, une vedette comme Sylvie Joly sur une rentrée parisienne. J’y ai mis mon cœur et mon sérieux. J’ai vécu ça comme une chance et en même temps c’était dans la continuité de mon travail car cela faisait longtemps que j’écrivais et mettais en scène.
C’est Sylvie qui m’a poussé à me produire sur scène. Et c’est elle qui m’a dirigé dans la première version de mon spectacle Triple Lutz au Point-Virgule. Sylvie Joly m’a appris beaucoup de choses artistiquement : le dépouillement, je viendrai rarement sur scène avec des accessoires ; la modernité, elle avait supprimé les « noirs » entre les sketches, et la sincérité dans le jeu.
Mais je ne peux parler de Sylvie sans évoquer sa famille car, quand comme moi on quitte sa province et que l’on arrive à Paris, c’est réconfortant de se sentir aimé et accueilli. J’adore Pierre Vitry, le mari de Sylvie, il a été très important pour sa carrière par sa présence très protectrice, bienveillante et pragmatique. J’aime follement leur fille Mathilde, tourbillon de vie. Je les aime tous Pierre, Mathilde, Grégoire, comme on aime une famille.
Et puis, le 4 septembre 2015 Sylvie nous a quittés, et je garde un souvenir incroyablement émouvant et en même temps joyeux de la cérémonie funéraire en présence de nombreux amis, de personnalités du spectacle et du cinéma venus rendre hommage à l’artiste gigantesque qu’elle était. Pour moi Sylvie est toujours vivante, présente, et je lui parle. Moi sans Sylvie Joly, je n’existerai pas.

Sylvie Joly et Alex Lutz le 19 septembre 2005 au théâtre des Mathurins. 
© Laurent Zabulon/ABACAPRESS.COM.

Entretien réalisé en décembre 2022

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